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Un Postier résistant et déportant Le 02 février 2022

    

Ma déportation 1941-1945 est la réédition du livre écrit par Marcel Couradeau en 1945.

Auteur ; Françoise Glain, avec la participation de Loïc Richard et du Collectif
d’Histoire et Patrimoine d’Archigny. Ecriture, mise en page et édition par
l’association. Imprimé par rbs86 à Poitiers.

Notre ouvrage se présente en deux parties :

I - Fruit de nos recherches, dans 207 pages, nous abordons la situation historique au moment de ladéclaration de la guerre, le communisme avant la guerre, la biographie de Marcel Couradeau, celle des 32 communistes-partisans, de Poitiers, Châtellerault, Loudun, arrêtés, le 23 juin 1941, l'Aktion Theodehch, une description des différents camps d’internement, un extrait du procès d’Anton KaindI, commandant du camp de Sachsenhausen, extrait du procès de Jules Musse, gendarme français... Sont joints de nombreux documents d’archive et des photos.

 

II  - Le livre de Marcel Couradeau, Ma déportation 1941-1945 {Ï32 pages).

Qui était Marcel Couradeau ?

L’homme ; Il est né à Montmorillon le 12 septembre 1908, d’un père mécanicien et d’une mère sage- femme. Marcel fréquente l’école supérieure de Montmorillon jusqu’en 1926. Il entre cette année-là comme stagiaire aux PTT. Administration dans laquelle il fera carrière.

Il épouse Henriette Nadaud et ils ont un fils, Maxime, en 1934.

Son épouse, tuberculeuse, décédera pendant l’internement de Marcel au camp de Compiègne. II se remariera deux fois à son retour des camps.

Le postier: En 1928 il est jeune agent manutentionnaire et gravira les échelons pour devenir contrôleur divisionnaire en 1965. Il reprendra son emploi à son retour du camp de Sachsenhausen et prendra sa retraite en 1968.

Le communiste : Marcel Couradeau découvre l’action collective au sein du groupe local de Montmorillon de l’ACJF (Action catholique de la jeunesse française) qu’il quitte en 1926 lorsqu’il vient travailler à Poitiers. Mais il maintiendra par la suite des relations amicales avec ses anciens camarades. Il consacre sa vie au communisme. Il est membre du comité fédéral communiste de la Vienne en juin 1945. En 1947, il devient conseiller municipal à Poitiers, toujours comme communiste. En 1985, Marcel Couradeau est secrétaire départemental adjoint de la FNDIRP.

Le résistant : son emploi de postier de nuit lui permet de distribuer des tracts anti-vichystes. Parmi ses missions de résistance, Marcel surveille la fréquence et la quantité de certains courriers distribués. Notamment celui du Père Guillon, curé de Châtain, qui profite de sa position irréprochable pour être « passeur ». Il reçoit donc beaucoup de courrier, trop à la fois pour être honnête aux yeux de l’occupant. C’est pourquoi Marcel échelonne la distribution des lettres.

Il est arrêté le 23 juin 1941 dans le cadre de l'Aktion Theodehch. D’autres communistes (32) sont arrêtés ce même jour. Tous sont emmenés au camp de la Chauvinerie à Poitiers, puis transférés à Compiègne le 11 juillet 1941. Marcel Couradeau sera déporté à Sachsenhausen le 24 janvier 1943. Il en est libéré et revient en France le 20 mai 1945.

Marcel Couradeau décède le mercredi 10 août 1988 dans sa 80e année, à Migné-Auxances (86). Il repose au cimetière d’Avanton.

Quelques extraits du livre de Marcel Couradeau

Extrait p. 262 : Le voilà le grand mot, le mot clé, le mot qui permit à beaucoup d'être autre chose qu’un matricule : Tenir ! Tenir jusqu’au bout ! Ne jamais vouloir mourir de faim malgré la faiblesse des rations et partager son pain avec le voisin ; ne pas mourir d'épuisement sur les chantiers et reprendre la pioche du camarade défaillant ; ne pas tomber mort sous les coups et tenter de protéger sa tête et son visage de ses mains ensanglantées ; ne pas vouloir geler sur la place d’appel et prêter son épaule endolorie au camarade qui va s'effondrer.

Extrait p. 266 : 58124, pour toi va commencer cette vie infernale où chaque heure sera marquée par la faim, le froid, le dur labeur, les coups, la peur, quelquefois le désespoir.

Il s'écoîdera ainsi vingt-huit longs mois rythmés par le lever, l'appel, la soupe, le travail, le coucher. Deux années terribles où je verrai disparaître tant de camarades, tant d'amis chers. De longs jours où je m'efforcerai de penser le moins possible pour ne pas avoir la tentation de me jeter, comme je l’ai vu faire par deux fois, sur les barbelés électrifiés. Deux années, deux siècles ! « Frühling in das Land », nous chantions cela sur la place d’appel, « C’est le printemps dans le pays ». Dérision ! Il n’y aura plus de printemps pour moi et cela pendant huit cents jours, pendant huit cents nuits. Manger, dormir, travailler, souffrir... mourir.

Extrait p. 277 : C’est à Heinkel que j’ai vu mourir Morel, un petit vieux toujours tiré à quatre épingles. A Compïègne, il était dans mon bâtiment, me parlant souvent de sa petite villa en banlieue. «Si j'ai la chance de revenir, disait-il, je te la montrerai ; je l’ai gagnée à force de travail et d'économies, tu verras comme elle est belle. » Pauvre vieux Morel, mort d’épuisement à l'infirmerie, pauvre vieux Morel, vidé de sa substance, couvert de sanies. Et vous voudriez qu ’on les aime !

p. 282 : C’est un travail terrible qui nous épuise rapidement. Au fond de la fosse boueuse que nous avons creusée, je m’escrime, avec ma lourde pioche, la souche tient bon, mes mains sont déchirées, mes paumes sont couvertes d’ampoules qui suppurent. Maculé de boue, les pieds enfoncés jusqu’aux chevilles dans cette colle gluante, j’essaye d’arracher ces racines qui résistent obstinément. Le désespoir m'empoigne, mes forces m’abandonnent, je me sens descendre la pente, celle qui conduit au crématoire, je n 'ai plus de courage, je ne tiendrai pas longtemps, des frissons m'agitent, les reins, les épaules, les bras, les jambes, tout me fait mal.

Extrait p. 340 : La cohorte des SS, commandant en tête, l'entoure. Ces messieurs sont friands du spectacle. Le garde-à-vous est commandé ; tête nue, nous attendons. Un SS s'avance. Il lit la sentence. Cette lecture est longue, elle est faite en plusieurs langues, elle se termine toujours par les mots : « Sur l’ordre du Reichsführer Himmler ». Le condamné, impassible, attend. Nous nous regardons, en apparence indifférents, mais la rage au cœur. Il faudra bien qu'un jour « ils » payent. La lecture terminée, le bourreau se saisit de notre camarade. Il l'aide à grimper sur le tabouret, puis sur la planchette, la corde est serrée autour de son cou, le nœud sur la nuque. Le bourreau saute à terre et d'un geste prompt retire un taquet, la planchette tombe, c'est fait. L'agonie du supplicié commence.

Extrait p. 355 : Aristide, Raboliot, Montégut, Lecointre, Cerceau, Rideau, Couradeau, nous revenons sept, nous étions partis quarante.





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