Actualités
  Imprimer cette actualité

HOMMAGE A SIMONE MICHEL-LEVY Le 22 avril 2018

    

Hommage à Simone MICHEL-LÉVY

Paris 13 avril 2018



  Tout d'abord, je tiens à remercier, au nom de toute la famille, la ville de Paris qui a souhaité cet hommage, merci Madame Vieu-Charrier qui représentez Madame Hidalgo, merci Monsieur le Conseiller de Paris qui représentez le Maire du 6ème arrondissement, merci aux élus présents, merci au personnel municipal qui a organisé la logistique pour la parfaite réussite de la cérémonie.

Merci Monsieur le Délégué National de l'Ordre de la Libération, mon Général, et merci à votre état-major ici présent, merci pour votre discours qui permet de bien comprendre pourquoi il n'est pas question d'oublier ceux qui doivent rester nos modèles. C'est bien en ce sens que le chef de la France Libre entendait les distinguer.

Merci mesdames et messieurs les porte-drapeaux, mesdames et messieurs les présidents et représentants d'association d'anciens combattants et de la mémoire combattante, merci à vous tous ici présents.

Merci également à ceux dont l'intention de se joindre à nous a été contrecarrée par les difficultés actuelles dans les transports, ils sont nombreux.

Merci enfin, et surtout, à Monsieur François Escoube, administrateur et membre du bureau de la Société Historique du 6ème arrondissement, vous êtes, Monsieur, l'initiateur de cet évènement.

Le parcours héroïque de Simone, ses presque 5 années de Résistance active ont été parfaitement résumées par Madame Vieu-Charier et Monsieur Vespérini.

Je voudrais quant à moi resituer son action au travers de témoignages, dans le contexte de l'époque, pour donner une dimension et un écho particuliers aux récits que nous venons d'entendre.

Simone est une fille de la campagne, fille d'un peintre et d'une couturière, provinciale à l'accent comtois "traînant" très caractéristique, elle arrive à Paris en 1930.

Lors de l'entrée en guerre, elle a 33 ans, c'est une belle jeune femme, célibataire, loin de sa famille.

D'après un témoignage que j'ai reçu d'une femme de son village natal, et qui l'a connue lorsqu'elle y venait en vacances avant la guerre, Simone s'habillait à la parisienne, parfois elle fumait une cigarette et portait des pantalons.

Du témoignage d'Henry Le Veillé, responsable de Résistance PTT pour la Normandie, qu'elle rencontre en 1942 en gare de Caen, tailleur noir, écharpe verte : nous savons qu'elle était très coquette.

Une fois la réunion achevée, les consignes passées à Le Veillé, il précise qu'elle lui demande de l'aider à trouver des bas de soie avant son retour à Paris. En apparence, c'est donc une femme comme une autre.

Elle a cependant des problèmes de santé récurrents, son dossier conservé aux archives des PTT en témoigne, plusieurs arrêts de longue durée pour maladie grave y sont consignés.

En réalité, c'est donc une femme fragile.

Néanmoins, Henry Le Veillé écrivit :

"Je regrettais que beaucoup d'hommes ne soient pas aussi courageux et dynamiques que Simone".

 Le chef administratif de Simone à Paris, qui n'ignorait rien de ses activités témoigna :

" Après des nuits de veille, des voyages épuisants, au retour de missions périlleuses de parachutage, on revoit Simone à sa table de travail, les traits tirés, mais souriante ".

Cette Parisienne, fragile et coquette, qui supportait comme chaque Français la dure loi allemande, les privations alimentaires, l'humiliation, aurait pu baisser les bras, attendre des jours meilleurs.

Elle n'en fit rien !

Anne Fernier, journaliste, qui était au kommando d'Holleischen avec Simone rapporta :

"Son idéal s'élevait au-dessus de toutes les souffrances".

Une autre camarade de captivité, Madame Perrodin, institutrice, témoigna :

"Avec elle : ni plaintes ni récriminations inutiles, toujours la conversation s'élevait au-dessus des contingences au milieu desquelles nous vivions".  

Curieux que ces deux femmes aient employé le même terme "S'élevait au-dessus..." !

Cette femme, comme les autres mais un peu fragile, dont les talents de guerrière étaient remarqués par ses collègues masculins, qui n'a laché aucun nom pendant les séances de baignoire, aucun soupir lors de la bastonnade, trouvait donc sa puissance en "s'élevant au-dessus...", en faisant abstraction de l'adversité, en oubliant ses maux, pour ne penser qu'à l'objectif, qu'à la mission, confiante en l'issue du combat dans lequel elle engageait quotidiennement sa vie.

Nous sommes aujourd'hui vendredi; c'est aussi un vendredi, le 5 novembre 1943 que Simone s'est élevée au-dessus de la peur, s'est élevée au-dessus du danger, pour venir rencontrer ici dans cette brasserie celui qui signa sa perte.

Je terminerai en citant quelques passages du procès verbal des Renseignements Généraux, relatant le rapport du garçon de café qui fut témoin ici, ce vendredi 5 novembre, d'une scène que les autres clients de la brasserie n'ont peut-être pas captée.

La jeune femme est venue s'asseoir à côté d'un homme qui l'attendait, ils ont commandé deux bières.

Deux hommes qui attendaient à une autre table se sont approchés, l'un a empoigné la femme et l'a conduite fermement vers une voiture qui attendait. Comme elle résistait, il dû la frapper à la tête. L'autre homme est alors venu me régler les consommations.

Celui que la jeune femme était venue rejoindre est ensuite monté librement à l'avant de la voiture.

Cette scène, presque banale, va pourtant élever Simone au-dessus du lot, au-dessus de la normalité, au-dessus de l'imaginable et lui faire rejoindre une cohorte de 1032 hommes et 5 femmes compagnons de la Libération, distingués par le Général de Gaulle, parce qu'ils étaient tous et toutes au-dessus de ce que l'on pouvait raisonnablement attendre d'eux.

Simone n'eut pas le temps de fonder une famille. Il revient, en premier lieu, à ceux qui partagent les mêmes ancêtres qu'elle, les mêmes valeurs, de s'assurer que son action est connue et comprise.

Son exemple, hors du contexte de la guerre et de l'occupation demeure un modèle à suivre. Un modèle de citoyenneté, de fidélité, de foi et d'espoir, un exemple de dépassement de soi qui permet de s'élever au dessus des difficultés que voudrait nous imposer la vie ou un ennemi non conventionnel.

S'il est impossible de savoir ce que nous aurions fait à sa place, son exemple plane au-dessus de nous et nous indique, quand la difficulté surgit, le chemin qu'elle choisirait.

 

Encore une fois, merci de votre présence à tous et de votre fidélité  à la mémoire de Simone. 


Jean MICHEL-LEVY








  



                                                                                                        Conception et réalisation © lamayonnaise.com